Atari devient rentable et rachète la mémoire du jeu vidéo

/ Atari affiche 100 000 euros de bénéfice sur 56 millions de revenus, rachète studios et licences, et s'offre l'émulation que la communauté développe gratuitement.
publié le 5 août 2026

Il aura fallu attendre. Pour l'exercice clos le 31 mars 2026, Atari annonce un résultat net positif de 0,1 million d'euros, là où l'année précédente s'était soldée par 12,6 millions de pertes. La presse spécialisée a parlé de retour à la rentabilité. C'est vrai, à condition de préciser de quoi l'on parle : cent mille euros de bénéfice sur cinquante-six millions de chiffre d'affaires, cela fait une marge nette de 0,18 %. Et à condition, surtout, de ne pas regarder le groupe dans son ensemble.

Cent mille euros de bénéfice, 4,8 millions de perte

Car le même exercice, consolidé avec Thunderful, se termine sur une perte nette de 4,8 millions d'euros. L'éditeur suédois, en grande difficulté, a été racheté par Atari sans que la logique industrielle de l'opération ait jamais été franchement exposée. Il apporte 11,8 millions au chiffre d'affaires, qui progresse de 66 % sur l'année — mais 31 % seulement si l'on retire sa contribution. Autrement dit, selon le périmètre retenu, le même exercice raconte deux histoires opposées : une entreprise qui atteint péniblement l'équilibre, ou un groupe qui perd encore près de cinq millions. Le communiqué a choisi la première.

Wade Rosen, PDG du groupe, y voit la validation d'un cap fixé trois ans plus tôt : « Notre stratégie centrée sur le jeu vidéo, initiée il y a trois ans, a porté ses fruits ». Sur le fond, il n'a pas tort. Atari a cessé de disperser son nom sur des casinos en ligne et des jetons numériques pour revenir à un métier identifiable. Reste à savoir lequel exactement, parce que ce n'est plus tout à fait celui de faire des jeux.

Racheter l'émulation plutôt que la combattre

Le catalogue de l'année dit assez bien la méthode. Mortal Kombat : Legacy Kollection et Rayman : 30th Anniversary Edition chez Digital Eclipse, System Shock 2 : 25th Anniversary Remaster et Blood : Refreshed Supply chez Nightdive Studios, RollerCoaster Tycoon Classic et Bubsy in : The Purrfect Collection en interne. À quoi s'ajoutent les droits de cinq jeux rachetés à UbisoftCold Fear, I Am Alive, Child of Eden, Grow Home et Grow Up — et deux machines de plus, l'Atari 2600+ PAC-MAN Edition et l'Intellivision Sprint. Le travail accompli par ces studios est réel et souvent remarquable : Nightdive pratique une archéologie du code source que peu d'éditeurs financent, et Digital Eclipse documente ses restaurations avec un sérieux d'historien.

Le point d'inflexion est ailleurs. Après la clôture de l'exercice, Atari a racheté Implicit Conversions, spécialiste de l'émulation des machines 32 bits, ainsi que Hipster Whale et une partie de la franchise Wizardry. L'émulation, cette technique que la communauté de la préservation développe bénévolement depuis trente ans sous une menace juridique permanente, devient un actif d'entreprise. Elle change de statut sans changer de nature : illégitime quand des passionnés la pratiquent pour sauver des jeux que plus personne ne vend, parfaitement respectable quand un ayant droit l'achète. La différence n'est pas technique, elle est notariale. Et le catalogue ainsi reconstitué ne sera pas rendu au public : il sera vendu, licencié, éventuellement retiré des boutiques le jour où l'accord expire.

Direction le Luxembourg

Dernier acte de la séquence, le groupe a redomicilié son siège au Luxembourg. Aucune explication n'accompagne l'annonce, ce qui laisse chacun libre d'imaginer les vertus du Grand-Duché en matière de structures de détention d'actifs immatériels. Une entreprise cotée en France, qui construit son modèle sur des portefeuilles de licences, et qui déménage vers l'une des juridictions les plus fréquentées d'Europe par les holdings : la coïncidence a le mérite de la lisibilité.

Pour l'exercice s'achevant en mars 2027, Atari promet la suite du même programme — acquisitions ciblées, exploitation des licences détenues ou concédées, montée en puissance des studios rachetés. Le pari se tient financièrement. Il pose surtout une question que le rétrogaming va devoir affronter : quand la totalité des moyens d'accéder au patrimoine vidéoludique — les catalogues, les studios de restauration et jusqu'aux technologies d'émulation — se retrouve concentrée entre quelques mains privées, la préservation cesse d'être un bien commun pour devenir une offre commerciale. Avec ce que cela implique : ce qui n'est pas rentable ne sera pas restauré, et ce qui a été restauré peut disparaître des rayons du jour au lendemain.

Sources : Factornews, Nom du second site

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