35 millions d'euros pour des manettes défectueuses : Nintendo savait depuis 2018

/ Nintendo écope d'une amende de 35 millions d'euros en France pour avoir tardé à informer les consommateurs du défaut de drift des Joy-Con, un problème connu en interne dès 2018.
publié le 11 juin 2026

Nintendo of Europe vient d'accepter une amende transactionnelle de 35 millions d'euros infligée par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Le motif : avoir maintenu le silence sur un défaut de fabrication affectant les manettes Joy-Con de la Nintendo Switch, alors que l'entreprise en avait connaissance dès 2018. Deux ans de silence avant les premières communications publiques en 2020. Deux ans pendant lesquels des millions de joueurs ont continué d'acheter des manettes vouées à dysfonctionner.

Un silence de deux ans, des millions de manettes défectueuses

Le phénomène de drift — ces mouvements fantômes, commandes intempestives ou pertes de réactivité du joystick — touche les Joy-Con de première génération de façon systémique. Ce n'est pas un défaut marginal. L'association UFC-Que Choisir avait déposé plainte dès 2020, soulevant la question de l'obsolescence programmée. La DGCCRF reproche à Nintendo une communication « tardive et parcellaire » qui a potentiellement découragé les consommateurs de faire valoir leurs droits en service après-vente. Autrement dit : en ne disant rien, Nintendo a économisé sur les réparations pendant que les joueurs rachetaient des manettes à 80 euros la paire.

Nintendo précise que le paiement de l'amende « ne constitue pas un aveu de culpabilité et reflète uniquement le règlement amiable de la procédure ». La formulation juridique est rodée. Dans les faits, l'entreprise paie 35 millions d'euros pour solder un dossier gênant, tout en se gardant de reconnaître la moindre responsabilité. En complément, Nintendo s'engage à publier un communiqué informatif sur son site — sept ans après les premiers signalements.

Une stratégie d'évitement à l'échelle mondiale

La France n'est pas un cas isolé. Aux États-Unis, deux class actions avaient été déposées en 2019 et 2020, avant d'être classées sans suite après cinq ans de procédure. Nintendo avait bloqué les poursuites grâce à une clause d'arbitrage glissée dans les conditions d'utilisation de la Switch — un mécanisme qui empêche les recours collectifs et contraint chaque plaignant à un arbitrage individuel. En Europe, sous la pression réglementaire, l'entreprise a fini par s'engager en 2023 à réparer gratuitement les Joy-Con défectueux, y compris hors garantie légale. Un geste présenté comme volontaire, intervenu après des années de résistance.

Au-delà du préjudice financier pour les consommateurs, le dossier soulève un enjeu environnemental. Des millions de manettes défectueuses jetées et remplacées par des modèles souffrant du même défaut de conception : le cycle génère des déchets électroniques que la DGCCRF mentionne explicitement dans ses motivations. Le droit français dispose pourtant depuis 2015 d'un délit d'obsolescence programmée, passible de deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende. La DGCCRF n'a pas retenu cette qualification, préférant la voie transactionnelle — plus rapide, mais aussi moins exemplaire.

Trente-cinq millions d'euros, c'est à peine une fraction des bénéfices trimestriels de Nintendo. Pour un groupe qui a vendu près de 150 millions de Switch dans le monde, l'amende ressemble davantage à un coût opérationnel qu'à une sanction dissuasive. La vraie question reste celle de la Switch 2, dont la sortie approche : les nouveaux Joy-Con souffriront-ils du même défaut ? Nintendo n'a fourni aucune garantie technique à ce sujet.

Sources : AFJV, Nintendo Life, Cybernews

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