
Le discours était bien rodé : Anthropic se présente depuis sa création comme le laboratoire d'intelligence artificielle « responsable », obsédé par la sûreté. La firme vient d'en donner une nouvelle illustration, à sa manière : pour continuer à dialoguer avec son assistant Claude, une partie des utilisateurs devra bientôt présenter une pièce d'identité officielle et un selfie. La mesure, intégrée à une mise à jour de la politique de confidentialité, entrera en vigueur le 8 juillet 2026.
Passeport, permis et selfie : le nouveau péage de Claude
Concrètement, Anthropic pourra réclamer un document d'identité émis par un État — passeport, permis de conduire, carte nationale d'identité ou équivalent — accompagné d'une photo prise en direct. La justification tient en une phrase d'apparence anodine, tirée de la documentation maison : « prévenir les abus, faire respecter nos règles d'usage et nous conformer à nos obligations légales ». Selon Help Net Security, le dispositif est en réalité testé depuis avril 2026. Il vise les abonnés des formules grand public — Claude Free, Pro et Max — tandis que les clients Team, Enterprise et Platform, régis par les conditions commerciales, en sont épargnés. Traduction : ce sont les particuliers, et non les grands comptes, qui devront montrer patte blanche.
Yoti et Persona, ces tiers qui gardent vos données biométriques
Là où le bât blesse, c'est dans la mécanique. Anthropic ne traite pas elle-même ces données sensibles : la vérification de l'âge est confiée à Yoti, celle de l'identité à Persona. Ce sont ces prestataires qui collectent et conservent les images de documents et les selfies. La firme assure que les données sont chiffrées en transit comme au repos, et qu'elles ne servent pas à entraîner ses modèles. Reste qu'externaliser la biométrie à des courtiers spécialisés ne dissipe en rien le problème de fond : multiplier les copies de pièces d'identité et de visages, c'est multiplier les cibles potentielles pour les fuites. L'histoire récente des bases de données « sécurisées » incite à la prudence la plus élémentaire.
La fin de l'anonymat, au nom de la « sécurité »
Cette annonce ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une vague réglementaire mondiale — du Online Safety Act britannique aux lois d'États américains sur la vérification d'âge — qui fait de la levée de l'anonymat en ligne la solution à tous les maux. Le raisonnement est toujours le même : pour protéger les mineurs et lutter contre les « abus », il faudrait que chacun décline son identité réelle. Le résultat, lui, est constant : un Internet où l'on ne peut plus rien faire sans présenter ses papiers, où la parole libre se paie d'un fichage biométrique. Qu'une entreprise drapée dans la rhétorique de l'« IA sûre » embraye sur ce terrain en dit long sur la direction prise par le secteur. La sécurité invoquée est bien réelle — mais elle protège d'abord les entreprises de leurs obligations juridiques, et accessoirement les utilisateurs de leur propre anonymat.
Sources : Cyber Security News